Exercice : synthèse de trois chroniques littéraires

faye nagasaki

[Ceci est un exercice à titre personnel pour un cours de mes études qui s’appelle « Analyse III ». Je me suis dit : si de toute façon tu dois t’entraîner à faire des synthèses, pourquoi pas choisir un sujet qui t’intéresse ? Car « Nagasaki » d’Éric Faye est bien un livre qui m’a frappé ; livre curieux, d’ailleurs, et j’ai des démangeaisons d’écrire une chronique là-dessus : peu se passe, ça frôle l’ennui du point de vue de l’action, mais l’écriture est superbe et le récit impactant par de petites phrases jetées par-ci et par-là qui m’ont percé jusqu’au cœur. Je me félicite de la découverte de cet auteur et je suis impatient d’apprendre comment il s’y prend dans ses autres livres… Mais revenons à la synthèse.

Il existe beaucoup de documents sur Internet qui expliquent ce qui est une synthèse; consultez, par exemple : http://lettres-histoire.info/lhg/francais/bts/Fr_BTS_etapes_synthese_documents.pdf

Je reprends cependant une tournure d’un blogueur que je me rappelle avoir lue : sur Internet il y a beaucoup de documents sur comment faire une synthèse, mais très peu de synthèses. Et j’ajoute : de ces peu, la qualité et la valeur didactique sont très variées. Le meilleur et le plus éducatif exemple de synthèse que j’ai pu consulter : http://www.editions-hatier.fr/sites/default/files/images/actualites/PDF/ccie_bts_travailler-synthese.pdf

Ici je ne m’apprête point à offrir une bonne synthèse ; mais je rajoute au peu d’exemples existants, et il appartient au lecteur de juger de la qualité de celui-ci et de sa valeur pour l’apprentissage de l’écriture des synthèses.

Alors :

Les documents du dossier sont, à l’heure présente, librement disponibles sur Internet (voyez les liens ci-dessous).

Pour l’analyse, j’ai directement procédé à dresser un tableau, parce que j’avais fait en tête le travail préliminaire de trouver les orientations (ou idées) qui sont communes aux documents. Je considère qu’une orientation commune, pour pouvoir figurée comme telle, doit être reprise par tous les documents. Je suis confident qu’un assemblage par hasard de documents, mais qui sont du même type de texte (ici : critique/chronique littéraire) et traitent du même sujet, peut faire ressortir trois orientations. Cependant, je trouve cette exigence de la 3 magique impraticable en quant aux sous-points des orientations (respectivement idées). On trouve des documents sur la synthèse qui prônent l’idéal de 12 idées, dont trois les idées directrices-orientations et les neuf restantes des idées en tant que sous-points, trois attachées à chaque orientation. Franchement, j’ai seulement trouvé trois sous-points pour la première orientation « le rôle du Japon, etc. », ceux-ci étant : l’aliénation du foyer, l’envahissement de l’intimité, la perte des certitudes. Mais les deux autres orientations ne me paraissent pas moins justes pour autant.
Du reste, les entrées dans le tableau sont déjà des paraphrases, puisque je trouvais plus commode d’après seulement recopier et regrouper les contenus de cases pour arriver au texte courant. Autres préféreront de mettre d’abord des citations directes dans le tableau et de les reformuler directement au cours de l’écriture de la synthèse.

Enfin, on trouve des recommandations très diverses sur l’ampleur de l’introduction et quelles informations elle devrait contenir. Personnellement je trouve important de relever les constats essentiels des documents – en un ou deux phrases – pour élucider pourquoi on a choisi la problématique sur laquelle on souhaite travailler.]

Documents du dossier

Harang, Jean-Baptiste (2010), « Petite souris à Nagasaki », in : Le Magazine Littéraire, no 502, 32.
[http://www.magazine-litteraire.com/critique/fiction/petite-souris-nagasaki-28-10-2010-34730]

Perraud, Antoine : « Malaise dans l’habitation », in : La Croix 28.10.2010, 13.
[http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Nagasaki-d-Eric-Faye-malaise-dans-l-habitation-_NG_-2010-10-28-557965]

Fau, Benjamin, « Eric Faye : Evidences menacées », Le Monde 27.08.2010, 54.[http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/08/26/nagasaki-evidences-menacees_1402854_3260.html]

 

Analyse des documents

Document

Orientation 1 : la vie ordinaire remise en cause

Orientation 2 : l’élément du irréel : le décalage fantaisiste

Orientation 3 : le rôle du Japon pour l’écriture et l’histoire

1 Chronique, « Le Monde », Benjamin Fau

remise en question de la propre identité (de ce qu’on croyait être soi-même en différence avec le monde extérieur) ; l’idée de la propriété sur un espace propre remise en question

la remise en question de notre relation fondamentale avec le monde apparaît comme un décalage fantaisiste

l’histoire aurait pu se passer n’importe où dans les temps présents, mais se réfère à une société qui abandonne certains de ses membres à rester seuls ;

le style est clair, sans fioriture, il n’y a pas de digression – l’écriture prend pour modèle l’efficacité japonaise

2 Chronique, « La Croix », Antoine Perraud

avec l’intruse, l’intimité de foyer du protagoniste n’est soudainement plus un espace refermé ; avec l’intrus, le protagoniste contemple la possibilité que « tout pourrait bien céder »

les gens apparaissent comme des spectres dans une vie éthérique ; ce sont de petites douleurs, mais porteuses d’une grande importance, qui bloquent la vie des personnages

c’est le décodage de l’espace nippon qui proportionne au récit son atypie envoûtante ; nous pouvons nous identifier au monde des personnages, global et impersonnel ; le roman dévoile la peur des Japonais d’une collectivité en dissolution ; l’écriture est adaptée au style japonais ; Nagasaki est un miroir oriental de l’état de notre propre société

3 Chronique, « Magazine Littéraire », Jean-Baptiste Harang

l’auteur aime les petits dérangements qui mettent en distance de la quotidienneté ; apporte une perception des choses communes comme surprenantes ; protagoniste a peur de la perturbation de sa vie ordonnée et de la perte de ces certitudes ; le protagoniste narre sa vie autant routinière qu’elle est vide ; il est effarouché par la présence de la femme dans son foyer et même quand elle est en prison, il ne peut plus reprendre sa vie ordinaire

l’auteur exerce son talent de détournement, de montrer les apparences sous un nouveau jour étrange par de petits ébranlements qui succèdent ; il est possible que Faye ait inventé l’article sur lequel se base l’histoire

l’histoire pourrait se passer ailleurs ; l’adage du « chacun chez soi » est contredit ; les habitudes de lecture au Japon dictent la longueur du livre entre nouvelle et roman ; en démontrant l’éloignement géographique autant que historique du lieu de la naissance de l’auteur et de Nagasaki, l’universalité de l’histoire se trouve soulignée

Problématique

Quelle est la relation entre l’espace nippon dans le roman et le décalage fantasque qu’on perçoit en ce dernier ?

 

Introduction

En 2010 Éric Faye a obtenu le grand prix de l’Académie Française pour son court roman « Nagasaki ». L’auteur y raconte la vie d’un homme complètement ordinaire, habitant de cette ville japonaise, dont la banalité de vie est secouée par la découverte qu’une femme, chômeuse de longue durée, vit clandestinement chez lui. Le roman a reçu un accueil favorable chez les critiques.

Le dossier pour cette synthèse se compose de trois chroniques du livre. Le document 1, la critique intitulée « Évidences menacées », a été écrit par Benjamin Fau. Celui-ci met l’accent sur l’interchangeabilité de la scène japonaise et emploie le terme du « décalage fantasque » pour dénoter l’aspect que revêt dans le roman la réflexion sur la relation basique entre les hommes et leur monde. Le deuxième document est la chronique « Malaise dans l’habitation » d’Antoine Perraud, qui appuie sur la relation étroite entre l’espace nippon et l’état d’âme languissant d’une société dans laquelle les rapports entre les hommes s’effondrent. Dans le troisième document, « Petit souris à Nagasaki », le critique Jean-Baptiste Harang accentue tant le choix aléatoire du scénario du Japon que le talent d’Éric Faye pour détraquer la perception habituelle de la réalité.

On peut ainsi relever du dossier une interrogation mutuelle sur la relation entre le rôle de l’espace nippon dans le roman et la production du décalage fantasque qu’il achève.

La vue d’ensemble des documents permet à tracer le plan à suivre pour établir leur synthèse : Il faudrait montrer que dans « Nagasaki » la vie ordinaire est remise en cause à tel point qu’il s’y opère un détournement fantasque dans lequel le rôle du décor japonais reste à établir. En suivant ce plan on traitera de répondre à la susdite interrogation qui parcourt le dossier.

 

Développement

[Orientation 1 : la vie ordinaire remise en cause]
Dans document 1 le critique considère l’idée de la propriété sur une certaine partie de l’espace, un espace qui se convertit ainsi en espace propre. Cette idée se trouve minée par la réalisation du protagoniste qu’une intruse a envahi ce qu’il croyait être son espace propre. Document 1 avance également que pour cette raison le protagoniste subit des doutes sur sa propre identité, car le foyer est la délimitation entre soi-même et l’extérieur. De même, document 2 commente que cet espace, le foyer, est une représentation de l’intimité, qui, avec l’intrusion de l’envahisseur, perd son caractère d’espace refermé. Document 3 met le point sur cette relation entre le propre foyer et la propre identité en notant que pour le narrateur, le « chez soi » se transforme soudainement en un « chez une autre ».

Dans le même document il est souligné que la marque de distinction d’Éric Faye consiste en apporter une perception des choses communes comme surprenantes. Cette perception est achevée par de petits dérèglements qui mettent en distance de la quotidienneté. Le protagoniste raconte sa vie autant routinière que vide. Il a peur de la perturbation de son train-train ordonné et de la perte de ses certitudes. La présence de la femme dans son foyer l’effarouche, et même quand elle est en prison il ne peut plus reprendre sa vie ordinaire. Selon document 2, le bouleversement que souffre le protagoniste le force à contempler la possibilité que toutes les certitudes, que tout ce qu’il perçoit peut se dérober.

[Orientation 2 : l’élément du irréel : le décalage fantaisiste]
Le récit n’ébranle pas seulement les points de référence dans la vie quotidienne, c’est la perception de la réalité même qu’elle rend douteuse autant pour son acteur principal que pour les lecteurs. Comme dit document 2, dans « Nagasaki » ce sont de petites douleurs, mais porteuses d’une grande importance, qui bloquent la vie des personnages. Document 3 interprète ces détournements douloureux en termes de lapparition des apparences sous un nouveau et étrange jour. Document 1, en précisant la même idée, maintient que par cette étrangeté surgit une remise en question de la relation fondamentale des lecteurs avec le monde, en sorte que les détournements dont souffre le protagoniste leur paraissent comme un décalage fantasque. Comme la réalité est représentée comme floue, document 2 peut remarquer que les acteurs de l’histoire ressemblent à des spectres évoluant dans une vie éthérique. Document 3, finalement, accuse l’impression du fantastique que dégage l’histoire, en notant qu’il est possible que Faye ait inventé l’article du fait divers, d’un journal japonais, auquel le texte du roman réclame se reporter.

[Orientation 3 : le rôle du Japon pour l’écriture et l’histoire]
Avec ces bases établies, maintenant il reste à considérer quel rôle joue l’espace romanesque, le Japon, dans la production de l’effet de la remise en question d’abord de la vie quotidienne et ultimement de la réalité même. Les documents montrent sur ce point des vues légèrement partagées, même s’ils sont unanimes sur l’influence du roman japonais sur le récit. Ainsi document 1 remarque que le style est sans fioriture, qu’il n’y a pas de digression – l’écriture prend pour modèle l’efficacité japonaise. Document 2 opine également que l’écriture est adaptée au style japonais. Le troisième ne se concentre pas sur l’écriture, mais sur les habitudes de lecture au Japon qui auraient dicté la longueur de « Nagasaki » entre nouvelle et roman.

Le même document fait le lien entre l’universalité de l’expérience de l’aliénation du réel et la localisation indifférente de l’histoire, car c’est l’adage même du « chacun chez soi » qui s’y trouve contredit. Le critique souligne que l’histoire pourrait se passer ailleurs en démontrant l’éloignement géographique autant que historique du lieu de la naissance de l’auteur et de Nagasaki. Document 1 détermine aussi que l’histoire aurait pu se passer n’importe où dans les temps présents, mais clarifie qu’elle se réfère à une société qui abandonne certains de ses membres à rester seuls. Document 3 renforce ce constat ; d’abord on remarque que c’est bien nous, les lecteurs occidentaux, qui pouvons nous identifier au monde des personnages, pour étant global et impersonnel. Nonobstant, c’est surtout la peur des Japonais d’une collectivité en dissolution que le roman dévoile. Donc, selon ce document, « Nagasaki » doit se passer à Nagasaki, au Japon, car cet endroit est le miroir oriental de l’état de notre propre société occidentale. Le chroniqueur joint même le décalage fantaisiste qu’engendre le récit à la localisation de son histoire. Le décodage de l’espace nippon que Faye y pratique serait responsable pour l’effet d’aliénation.

Conclusion

Le choix de l’espace nippon permet à l’auteur de situer son roman dans une société qui est, en quant à l’isolation individuelle qui la distingue, pareille à la nôtre : en effet, la chômeuse aurait pu se planquer également dans le placard d’un citoyen de la sphère occidentale, sans rien ajouter ni enlever à la crédibilité de l’histoire. Mais comme l’histoire se passe ailleurs, l’auteur peut exacerber les traits d’une société dans laquelle les hommes sont devenus des nomades qui mènent une vie dépourvue de sens. Par là est accru l’effet de l’intrusion d’un élément « autre » qui, pour le protagoniste, ébranle les fondements de sa vie de telle façon qu’en déteinte une impression d’irréalité sur le lecteur. Donc, l’espace nippon a un effet d’augmentation pour la production de l’effet du décalage fantasque.

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