Exercice: synthèse d’articles de presse

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[Voici le deuxième exercice de synthèse, qui se rattache à celui déjà entrepris dans l’entrée précédente de ce blog. J’ai suivi exactement la même procédure que celle expliquée dans cette entrée-là, donc, pour comprendre mes critères de rédaction, veuillez lire les explications qui introduisent la première synthèse.

Le sujet est autre fois l’œuvre d’Éric Faye. En quant au dossier de documents, ici on n’a pas affaire à des chroniques, bien que deux des articles soient parus suite à la publication de « L’homme sans empreintes » – roman que je suis maintenant en train de lire et qui, à vrai dire, est loin de me plaire autant que « Nagasaki ». Cependant les réverbérations de « Nagasaki » sur moi, de ce livre à la fois ennuyant et étrangement impactant, persistent encore, de sorte que j’aie choisi, pour cette synthèse, de m’approcher encore un peu plus de la production littéraire de Faye.

Le but reste le même : m’entraîner à faire des synthèses – et offrir à la communauté Internet autres synthèses complètes, car, comme écrit avant, sur Internet il y a beaucoup d’explications de la synthèse, et peu d’exemples écrits du commencement à la fin.

Le lecteur saura juger de la qualité de cette deuxième tentative de ma part. Loin de moi de commenter mon propre travail. Seulement, je voudrais remarquer que cette fois j’ai choisi d’élargir un peu la conclusion, pour récupérer plus de points abordés dans le développement – sans doute un choix discutable.

Malheureusement je n’ai pas intégré à la synthèse toute l’entrevue avec Faye par Frédérique Roussel – le document trois du dossier – mais seulement jusqu’à la réponse à la question : « Comment avez-vous commencé à écrire ? » Pour quelle raison ? Difficile à reconstruire. J’ai imprimé les documents et sur les pages imprimées l’entrevue s’arrête après la réponse de Faye a cette question. Il est possible que j’ai dû remédier à un bourrage de papier et ensuite j’ai oublié d’imprimer ce qui restait encore de l’entrevue. Il y a mille et une explications. De toute façon, peu importe pour le lecteur cherchant un exemple de synthèse et rien de plus, pourvu qu’il ait connaissance du contenu exact du dossier, et qu’il a maintenant.]


Documents du dossier

Douin, Jean-Luc (2008) : « ‘L’homme sans empreintes’ : enquête sur une ombre », http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/02/28/l-homme-sans-empreintes-enquete-sur-une-ombre_1016635_3260.html (06.01.2015)

Larminat, Astrid de (2008) : « Sans identité fixe », http://www.lefigaro.fr/livres/2008/02/28/03005-20080228ARTFIG00492-sans-identite-fixe.php (06.01.2015)

Roussel, Frédérique (2009) : « Entretien Éric Faye », http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/Entretien_Faye_Roussel.html (06.01.2015)
[tronqué ; s’arrête avec la réponse à la question : « Comment avez-vous commencé à écrire ? »]


Analyse des documents

 

Document Orientation 1 : données personnelles sur Faye Orientation 2 : la particularité de l’œuvre de Faye Orientation 3 : la relation entre l’écrivain et son œuvre
Document 1 : « Sans identité fixe » par Astrid de Larminat, 2008 apprenti littéraire de Kadaré ; un travail littéraire varié, dont essais, plusieurs romans et une quantité de nouvelles ;

F. donne guère d’entrevues, sa biographie est inconnue ; évite les questions personnelles ; préfère les religions qui prônent l’effacement de l’ego ; aime voyager pour qu’on perde de l’importance envers soi-même

s’il est évasif dans l’entretien direct, il est tranchant dans ce qu’il écrit ; montre une fascination pour des personnages qui peuvent s’effacer pour ensuite ressusciter F. : homme sans caractéristiques particulières ;

habite une zone limite entre Paris et la banlieue qui paraît n’appartenir à personne et où le temps paraît suspendu ; il plaît à F. de mener sa vie aux frontières, percevoir sans être aperçu, détaché du monde ; il est récalcitrant, mais il n’est pas à la fuite comme le héros de „L’homme sans empreintes“ ; le paradoxe de F. : en apparence cherchant à réaliser l’idée de la primauté de l’œuvre sur l’auteur, il s’offre de plein gré à parler de son œuvre ; F. s’apparente à ses romans, on ne peut pas le déterminer ;

dans „L’homme sans empreintes“, les identités sont indistinctes, de même que l’est l’identité de F.

Document 2 : « ‘L’homme sans empreintes’: enquête sur une ombre » par Jean-Luc Douin, 2008 F. ressentit, comme écolier, à deux reprises la force émotionnelle de la littérature ; bouleversé par la lecture d’Ismail Kadaré ; commence sa carrière par la publication d’une analyse littéraire sur Kadaré ; « L’homme sans empreintes » roman modèle de F., dont les personnages sont des fantômes, s’effaçant et se dissolvant dans le temps, enquêtant continuellement sur eux-mêmes, cherchant de rayer les empreintes qu’ils laissent tout en craignant qu’ils tomberont dans l’oubli ; F. se considère un citoyen de la langue française, côtoie les surréalistes belges, s’inspire de la physique quantique et suit la ligne fantasque de Cortazar et Kafka ; dépiste l’étonnant dans l’ordinaire, pensant que, comme les spectres habitent les hommes mêmes, il n’y a pas de raison pour écrire des histoires de revenants ; F. est fixé sur l’absence, qu’il évoque comme une présence douloureuse dans un temps dénué de démarcations temporelles F. a une affection pour des personnages s’effaçant eux-mêmes, dont l’emblème est l’écrivain qui s’efface derrière son œuvre : le boursouflement de l’ego est en conflit avec l’élan créateur
Document 3 : « Entretien avec Éric Faye » par Frédérique Roussel, 2009

[tronqué ; ne va pas au-delà la réponse à la question : « Comment avez-vous commencé à écrire ? »]

F. entré dans la littérature par l’auteur albanais Ismail Kadaré, l’Albanie étant un pays traversé par le fabuleux et l’absurde ; fluctue entre essais, nouvelles et romans ; épris du formidable traque les interstices du déraisonnable dans la vie régulière de tous les jours ; un réalisme trop net ne l’attire pas, il veut débusquer l’extravagant dans la vie ordinaire même si l’histoire, en apparence, ne départ pas du vraisemblable ; passionné par des récits où les personnages sont obnubilés par l’obstruction des circonstances aberrantes ; pour F. la littérature est un tour de passe-passe, la réécriture du réel F. a une fixation sur le temps, qu’on pourrait décrire comme un personnage dans ses écrits ; n’aime pas s’afficher devant le public, ce qui n’empêche pas qu’il ait narré les motivations et le commencement de son écriture sous forme autobiographique avec clarté et détermination ; trouve plaisir en la tactique des écrivains qui se cachent – leur anonymat spectral crée leur renommée indestructible – aimerait publier dans le futur sur de tels écrivains


Problématique

Quelle est la relation entre la personnalité de l’écrivain Faye et son travail littéraire ?


Introduction

Éric Faye est un auteur caractérisé par un penchant pour le formidable qui transperce dans le train-train quotidien. Ce penchant débouche surtout sur des récits dont les personnages ont tendance de subir ou de rechercher l’embrouillement de leur identité. Lors des entretiens avec Éric Faye, les journalistes ont éprouvé que la distinction entre la personne de l’auteur et ce penchant de son œuvre n’est pas facile à tracer.

Le dossier de cette synthèse se compose d’abord de deux articles à la suite de la parution de « L’homme sans empreintes » de Faye en 2008. Les articles rendent brièvement la trame du livre et, à la base des entrevues avec l’auteur, approfondissent des aspects de ses autres écrits et de sa vie. Dans le document 1, « Sans identité fixe », Astrid de Larminat transmet son ressenti qu’il y ait un rapport entre Faye et le héros de « L’homme sans empreintes », écrivain qui cherche à brouiller les pistes sur son identité. C’est le document clé du dossier parce qu’il est le plus éloquent sur le lien entre la personnalité de Faye et l’apport thématique de son œuvre, qui se trouverait réalisé de façon emblématique dans l’histoire de « L’homme sans empreintes ». Le document 2, « ‘L’homme sans empreintes’ : enquête sur une ombre », par Jean-Luc Douin, est construit pareillement à l’article précédent et ajoute des réfléxioions de Faye sur l’importance que l’auteur sache donner la prédominance à la propre vie de son travail, au lieu de s’en servir pour s’afficher. Finalement, le document 3 est la transcription d’un entretien avec Éric Faye réalisé par Frédérique Roussel en 2009. De cet entretien ressort surtout l’aveu de Faye de sa fascination pour les écrivains qui, en se retranchant dans l’anonymat, font naître par là leur statut littéraire exceptionnel.
Avec une accentuation plus ou moins nette, mais toujours présente, les trois documents sont donc traversés par une interrogation sur la relation entre la personnalité de l’écrivain Faye et son travail littéraire.

Pour répondre à cette interrogation, la synthèse des trois documents s’effectuera à travers le plan suivant : des données personnelles sur Faye, dont surtout son parcours littéraire, on passera à la particularité de son œuvre pour ensuite établir la relation de celle-ci et son créateur.

Développement

[Orientation 1 : données personnelles sur Faye]
Les trois documents font mention que Faye est redevable pour le démarrage de sa carrière littéraire à l’écrivain albanais Ismail Kadaré. En plus, les documents prennent note de la variété du travail littéraire de Faye, consistant en des essais, plusieurs romans et une quantité de nouvelles. Document 2 apporte que, comme écolier, Faye ressentit à deux reprises la force émotionnelle de la littérature. Plus tard il fut bouleversé par la lecture de Kadaré. En fait, il commença son parcours littéraire par la publication d’une analyse des écrits de ce dernier. Document 3 éclaircit que, vu l’aspect de l’œuvre de Faye, il n’est pas étonnant qu’il soit entré dans la littérature par Kadaré, l’Albanie étant un pays traversé par le fabuleux et l’absurde. Au-delà de commenter sur son parcours littéraire, document 1 apporte encore d’autres données personnelles. Faye ne donne guère d’interviews, sa biographie est inconnue. Il évite des questions personnelles. En outre, il préfère les religions qui prônent l’effacement de l’ego et il aime voyager pour qu’on perde de l’importance envers soi-même. Document 3 rajoute qu’il est épris par le formidable.

[Orientation 2 : la particularité de l’œuvre de Faye]
Selon document 1, autant évasif que Faye est dans l’entretien direct, il est tranchant dans ce qu’il écrit. Il montre dans son œuvre une fascination pour des personnages qui peuvent s’effacer pour ensuite ressusciter. Document 2 postule que « L’homme sans empreintes » est par là un roman modèle de Faye, dont en général les personnages sont comme des fantômes qui s’effacent et se dissolvent dans le temps, qui enquêtent continuellement sur eux-mêmes et qui cherchent à rayer les empreintes qu’ils laissent derrière tout en craignant qu’ils tombent dans l’oubli.
Document 2 explique que Faye se considère un citoyen de la langue française, côtoie les surréalistes belges, s’inspire de la physique quantique et suit la ligne fantasque de Cortazar et Kafka, dépistant l’étonnant dans l’ordinaire. Faye pense que, comme les spectres habitent les hommes mêmes, il n’y a pas de raison pour écrire des histoires de fantômes. Il s’est fixé sur le phénomène de l’absence, qu’il évoque comme une présence douloureuse dans un temps dénué de démarcations temporelles.
Document 3 enchaîne qu’un réalisme trop net n’a pas d’attrait pour Faye, au contraire, il veut débusquer l’extravagant dans la vie ordinaire même si le l’histoire, en apparence, ne départ pas du vraisemblable. L’auteur est passionné par des récits où les personnages sont obnubilés par l’obstruction des circonstances aberrantes. Chez lui, la littérature, étant la réécriture du réel, est un tour de passe-passe.

[Orientation 3 : la relation entre l’écrivain et son œuvre]
Document 1 déclare que Faye s’apparente à ses romans, qu’on ne peut pas déterminer. Dans „L’ homme sans empreintes“ les identités sont indistinctes, de même que l’est l’identité de Faye. À cause de ça, Faye est désigné comme un homme sans caractéristiques particulières. Il habite une zone limite entre Paris et la banlieue qui paraît n’appartenir à personne et où le temps paraît suspendu. Document 3 appuie que Faye donne preuve d’une fixation sur le temps, qu’on pourrait décrire comme un personnage dans ses écrits. Il plaît à l’écrivain de mener sa vie aux frontières, de percevoir sans être aperçu, détaché du monde.
Document 2 clarifie que l’auteur qui s’efface derrière son œuvre est l’emblème de ces personnages qui s’effacent, et que Faye affectionne. Celui-ci soutient que le boursouflement de l’ego est en conflit avec l’élan créateur. Document 3 rajoute que Faye trouve plaisir en la tactique des écrivains qui se cachent – c’est leur anonymat de spectre littéraire qui crée leur renommée indestructible. Il aimerait aussi publier dans le futur sur de tels écrivains.
Cependant, document 1 remarque que, si on trouve en Faye un caractère récalcitrant, il n’est pas à la fuite comme le héros de „L’homme sans empreintes“. Le paradoxe dans la posture de Faye, c’est que, quoiqu’en apparence il cherche à réaliser l’idée de la primauté de l’œuvre sur l’auteur, il s’offre de plein gré à parler de son œuvre. De même, document 2 prend note que, si Faye n’aime pas s’afficher devant le public, ça n’empêche pas qu’il ait narré les motivations et le commencement de son écriture sous forme autobiographique avec clarté et détermination.


Conclusion

Éric Faye est un auteur qui aime débusquer le merveilleux dans le commun. Il fut l’apprenti littéraire d’Ismail Kadaré, Albanais qui écrivit d’une Albanie marquée par une réalité qui paraissait être inventée et frôler la déraison. Ces mêmes traits caractérisent le travail de Faye. Il recompose le réel à travers un décalage fantasque. Ses personnages préférés sont ceux qui se laissent difficilement déterminés et habitent un temps fuyant. Un tel personnage se cristallise dans le héros de « L’homme sans empreintes ». Aussi l’écrivain Faye montre une tendance à s’effacer. Dans les interviews il détourne les questions personnelles. Il est convaincu que l’œuvre d’un auteur fleurit seulement si celui-ci cherche à mettre ses écrits en avant, au lieu de soi-même. Pourtant, le recul personnel de Faye est ambigu et revêt par conséquent un aspect paradoxal. Car il se prête librement à commenter son œuvre et a aussi publié un récit autobiographique. Il pense que c’est le secret qu’un auteur préserve autour de soi qui peut le convertir en légende. Un écrivain ne peut pas achever son plein potentiel, et arriver à une grande réputation, sauf en faisant preuve d’une personnalité discrète ; son travail ne peut pas devenir merveilleux sauf s’il cherche à rester commun. La relation entre Faye et son œuvre se résume donc à un jeu de l’anonymat : il remet sa personnalité à une seconde place précisément pour la faire ressortir, amplifiée, au premier plan de la scène littéraire.

 

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