La prise en charge – “Le subjonctif en français” de Olivier Soutet

subjonctif

[Lien vers d’autre matériel sur le subjonctif sur ce blog : Ici.
Toutes les citations sont prises de cette édition : Soutet, Olivier (2000) : Le subjonctif en français. Paris : Ophrys.]

   C’est une chose émettre des doutes et poser des questions, c’est toute autre être ridicule. Et ce serait ridicule de donner à ce livre une évaluation moins que la meilleure. Si vous cherchez un livre moyennement accessible sur l’emploi du subjonctif dans le français d’aujourd’hui, ne cherchez pas plus long, vous l’avez trouvé ; il n’y a pas de titre son égal.

   Comme lecteur, mon exigence est simple : qu’il n’y ait pas de contradiction, ni d’ambiguïté ; que tout se tienne, qu’il y ait du système. Jugées sous ce critère, toutes les analyses de l’auteur me frappent par leur clarté et pouvoir de persuasion ; toutes sauf celles qui je liste et discute dans cette chronique.  

   J’identifierai comme une interrogation centrale, même la interrogation centrale du livre : est-ce que le contenu sémantique des contextes de l’apparition du subjonctif imputable au morphème même du subjonctif, au moins en certaine mesure (cf. 126) ?

   Soutet prend ses distances à deux classifications du subjonctif souvent proposées. Premièrement, « un classement notionnel » (30) qui attribue de différentes valeurs au subjonctif en fonction de son usage et mène ainsi à une multiplicité de subjonctifs dont les catégories pèchent de n’être pas très nettement limitées, de sorte que deux formes sont classées dans de diverses catégories selon les chercheurs respectifs et, en plus, une panoplie de sous-catégories s’ouvre : le subjonctif de volonté, de concession, d’hypothèse etc.
   Deuxièmement, « un classement fonctionnel » (31) avec trois catégories : les cas de l’emploi du subjonctif qui dans les paires contrastives montrent une différence de sens avec l’indicatif ; les cas où l’indicatif et le subjonctif peuvent s’employer sans que, en toute apparence, une différence de sens pertinente en résulte ; et les cas où le subjonctif s’emploie par automatisme grammatical, comme après le verbe vouloir.
   Mais comme dans ce deuxième classement dans la troisième catégorie entrent des emplois du subjonctif qui produisent des sens contextuels assez différents, Soutet préfère se tenir à une analyse de priorité sémantique au lieu de fonctionnalité syntactique. Son propre classement est donc celui-ci : « emplois du subjonctif commandés par une visée implicite » (32) et « emplois du subjonctif commandés par un segment textuel antérieur » (ibid.). Tout au long du livre, il analyse les deux cas d’une façon minutieuse, en fournissant maints exemples et en les cataloguant.

   D’ailleurs il décrit sa propre idée sur l’emploi du subjonctif (cf. 55s), ce que j’appellerai sa théorie sémantique. Le subjonctif a donc « une aptitude toute particulière à situer l’événement qu’il décrit hors du champ de l’actualisation » (55), soit dans un espace de pré-actualisation, soit dans celui de la désactualisation. Ceci si on se tient strictement au niveau de la morphologie du verbe, et sans dénier que l’indicatif peut exprimer le même par le conditionnel, une négation, une interrogation etc.
   Toutes les tournures qu’il analyse dans la première partie des « Emplois », il les place, en quant à la catégorie de la préactualisation, sur une échelle allant de faible à fort, de l’optatif (Oh ! qu’il puisse arriver à temps) à l’emploi stipulatoire (Soit un triangle…). Et l’échelle des emplois désactualisants va de faible, résignation et réserve, à fort, l’hypothèse contrefactuelle.

   Que l’auteur dit de chercher à se distancier d’une approche de pure fonctionnalité syntactique paraît parfois peu crédible quand il explique l’emploi du subjonctif par des critères qui me semblent découler de la pure argumentation syntactique. Par exemple, on aurait le choix modal en Ma joie est qu’il a/ait guéri, parce que là il y a une relation de sujet et attribut, tandis que en Je suis joyeux qu’il soit guéri il n’y a plus de choix car « la conjonctive en que exerce la fonction de complément de l’adjectif joyeux » (49).

   Très intéressante est son analyse des cas « où la proposition en [que + subjonctif] est analysable comme actant » (51), structure montrant une nette tendance à l’emploi du subjonctif même si l’événement en question n’est point douteux pour l’énonciateur : « Que Pierre soit toujours malade, cela est évident » (49). Soutet parle d’un « subjonctif de réserve énonciative » (51), car la position de la conjonctive que la disjointe d’une relation de référence à un élément antérieur dans la phrase, raison pourquoi on ne sait pas encore ce que sera le prédicat, qui dès lors ne s’actualise entièrement.
   Toutefois, ceci n’empêche « qu’au moment de l’extraposition [la relative placée en tête de la phrase comme sujet], la nature sémantique du prédicat peut intervenir » (51), ce qui se réalise souvent avec des prédicats exerçant une dépendance de forte actualisation, comme en « Que le vieil Horace est le personnage principal de la tragédie, c’est la vérité » (50).
   J’avoue que je n’y vois pas une explication très claire pourquoi une fois on trouve le subjonctif et l’autre fois non, parce que cela est évident ne me paraît pas exercer une dépendance de moins forte actualisation que c’est la vérité.

   En quant aux emplois anaphoriques du subjonctif dans les phrases non-inversées, Soutet fait la séparation entre « [l]e subjonctif dans les conjonctives complétives » (58) (Pierre se réjouit que Paul soit parti), en faisant la différence entre les cas où la proposition p domine la complétive q de manière que le contenu lexical de p régit le mode de q et les cas où le contexte entre aussi en jeu pour expliquer le choix du mode. Naturellement, si la vérité de q est supposé par la commande lexicale de p, l’indicatif suit. Soutet remarque toutefois qu’il faut faire une distinction entre le sujet de l’énonciation, celui qui énonce la phrase, et le sujet de l’énoncé, le dernier étant Pierre dans la phrase suivante : « Pierre sait que Paul est parti » (59). Si seulement une des deux instances d’énonciation assume la vérité de q, l’indicatif est usuel ; par exemple, quoiqu’en « Pierre prétend/imagine que Paul est parti » (61) la vérité de q ne soit pas assumée par le sujet de l’énonciation, celui de l’énoncé, donc Pierre, le fait, selon Soutet (on y revient plus bas). Par conséquent, le subjonctif est à employer si aucuns des instances d’énonciation assume l’actualité de q : « Pierre doute/refuse… que Paul soit parti » (62) – Pierre ne le fait pas, et le sujet de l’énonciation ne se prononce pas là-dessus. Le même se passe si le sujet de l’énoncé ne peut pas rendre un jugement sur la vérité de q, et si le sujet de l’énonciation s’abstient également de le faire : « Pierre redoute/attend … que Paul soit parti » (61). Il y a également le subjonctif si q n’est pas pris en compte en quant à sa valeur actualisante de vérité, comme en parlant de nécessité (Il faut que), du possible (Il arrive que), et dans les jugements de valeur : « Il est bon que …/Pierre regrette que … » (ibid.).
   En ce qui concerne ces dernières tournures, l’analyse de Soutet ne me semble pas très convaincante. Il admet que dans elles la valeur de vérité de la complétive peut être « implicitement, admise » (61), comme on regrette des événements s’étant réellement actualisés. Mais justement, si c’est le cas, ne pourrait-on classer ces tournures de même droit parmi celles dont la vérité est prise en charge, qui réclament l’indicatif ?

   En quant à On se doute que ou Il se dit que, qui commandent l’indicatif, ne pourraient-ils aussi figurer parmi les cas où le sujet de p n’est pas en mesure de juger de la vérité de q, circonstance amenant le subjonctif comme le sujet de l’énonciation se tait sur ce compte ? De même vaut pour croire – Soutet parle ici simplement des commandes lexicales (cf. 59), mais on n’a pas besoin d’une théorie sémantique du subjonctif si on se tient simplement aux éléments qui commandent le subjonctif par usage et ceux qui ne le font pas, indépendamment de leur contenu sémantique, ce qui n’est pas du tout la démarche de Soutet, mais c’est d’autant plus surprenant pourquoi celle-ci s’y arrête parfois.

   À propos de s’imaginer/prétendre (cf. 60) : surtout en quant au premier de ces verbes, j’ai du mal à comprendre que le sujet de l’énoncé prenne en charge la vérité de qPierre s’imagine que q. On se peut aussi imaginer des choses dont on sait qu’ils sont inactualisables, ce qui ne déroge pourtant pas de l’emploi standard de l’indicatif.
   On pourrait répliquer (je le fais, moi, pas Soutet) que dans l’acte de les imaginer on les rend actuelles. À ceci je réponds (à moi-même) deux choses : d’abord, rêver, une imagination forte, peut être suivi du subjonctif : Pierre rêve d’une secrétaire qui sache le chinois (118). Puis, dire que imaginer des choses est les actualiser serait abolir la base même de l’explication sémantique de Soutet du subjonctif. L’existence de ce mode ne serait plus explicable : car le virtuel, le non-actualisé, est l’imaginaire, le projeté par l’imagination, par la représentation mentale de l’énonciateur.
   Il est probable que peut accepter le subjonctif autant que l’indicatif. Soutet remarque que probable se trouve sur un chemin incrémentiel qui va jusqu’à certain, ce qui ferait pencher la balance pour l’indicatif, toutefois, le subjonctif peut aussi s’ensuivre, car probable peut aussi se penser comme une position intermédiaire entre le certain et le possible (cf. 63).
   J’y reviens encore plus bas en relation avec espérer.

   À propos de démentir et nier : le contenu propositionnel de q est rejeté par le sujet de l’énoncé et le sujet de l’énonciation ne le prend pas en charge non plus ; donc, en suivant le raisonnement plus haut, on doit s’attendre au subjonctif, qui s’emploie en effet majoritairement. Mais, explique Soutet, l’indicatif peut apparaître également, car le contenu de q est posé comme vrai par quelqu’un (sinon, pas la peine de le nier ou démentir). Donc, si on souligne ce contenu posé comme vrai, on met l’indicatif, mais si on relève le rejet du contenu, on met le subjonctif (cf. 64).
   Autre que je trouve ce raisonnement subtil en excès, son défaut est qu’ici Soutet ne tient nullement en compte sa théorie sémantique du subjonctif. Car dans Je nie que +q le sujet de l’énonciation (Je), qui est aussi le sujet de l’énoncé, rejette d’assumer la vérité de q, et dans Pierre nie que + q le sujet de l’énonciation ne se prononce pas sur cette vérité et c’est Pierre qui la récuse. Si, pour ce cas spécial, Soutet fait intervenir une troisième instance de prise en charge (le quelqu’un ou on généralisé qui a assumé la vérité que nie/dément la phrase), en vérité son édifice théorique s’affaiblit en d’autres parts. Je me limite à signaler son explication des concessives (cf. 94). En elles un rapport s’établit entre une cause et une conséquence inattendue. La cause existe et elle a la capacité de produire un effet émanant de sa valeur. Mais dans le cas donné, cette cause ne produit pas sa conséquence logique : « Bien qu’il soit malade, Pierre travaille beaucoup » (94) – l’énoncé renvoie, pour la réfuter, à une implication sous-jacente (si on est malade on ne travaille pas beaucoup), et cet arrière-plan négatif justifie le subjonctif.
   Je dirais que, comme dans les phrases avec nier/démentir, aussi dans les concessives on a une troisième instance de prise en charge – un on généralisé, de sens commun à l’occurrence – qui assume la vérité d’une proposition, de l’implication sous-jacente. Rappelons-nous que On se doute que et Il se dit que sont censés évoquer un on généralise de prise en charge demandant l’indicatif. Pourquoi donc les phrases concessives ne le demandent-elles également?

À l’inverse, si déjà s’il y a un arrière-plan réfutatoire/négatif le subjonctif est déclenché
impériseuement, ne serait-ce d’autant plus le cas si la réfutation, la négativité était directe (nier/démentir comme verbe) ? Mais non, ici l’indicatif est aussi possible, dit Soutet en accord avec la pratique de la langue française, quoique le raisonnement puisse se rapprocher sinon s’égaler à celui sur les concessives, me paraît-il.

   En ce qui concerne le fait que, Soutet souscrit à l’explication de Martinet que l’insistance sur la vérité de q de la tournure donne à entendre que cette vérité n’est pas évidente, qu’il en aurait pu être autrement, et ce désactualisé autrement envisagé explique donc le subjonctif : le contre-fait est implicitement évoqué. Cette force de l’implicite s’estompe toutefois, éclaircit Soutet, si le fait est en « relation attributive avec la conjonctive » (65) : « Le fait est que Paul est parti » (ibid.).
   Une explication purement syntactique, j’ose dire, car la factualité sémantique de le fait que n’est certes pas différente de Le fait est que… ou de Du fait que…
De toute façon, je ne peux pas suivre l’argumentation avec laquelle Soutet continue, que le même raisonnement s’applique à
Il est exact que et Il est vrai que. Car alors comment s’expliquer qu’après ces deux tournures la fréquence de l’emploi du subjonctif n’est que marginale (cf. 66s) ?

   Soutet s’interroge très en détail sur la raison de l’indicatif qui peut ensuivre si que introduit un complément d’objet sous forme nominale : Pierre se réjouit de ce que Paul est parti (67ss). Sa première conclusion est que la fonction de que consiste en ne pas statuer sur l’actualité de la proposition dont elle se trouve au début, mais de renvoyer à un élément textuel antérieur pour avoir le cœur net sur ce point, raison pourquoi, si cet élément n’est pas là, le subjonctif est employé on dirait par précaution (la réserve énonciative qu’on a vue plus haut). Ce, par contre, comme démonstratif, implique l’actualité de ce qu’il désigne, un mot « positivant » (71), accent de positivité qui le remporte sur la suspension du jugement de la valeur de vérité comportée par que, mais uniquement si cette « capacité actualisante » (72) n’est pas entravée par un autre élément encore. Ainsi, Pierre s’attend/prend garde etc. à ce que Paul parte commande le subjonctif, l’événement en question n’étant pas encore arrivé, comme l’établit la préposition à.
   Cette explication m’intrigue fortement, mais, en nous remettant à l’explication sémantique de Soutet, il n’est pas clair pourquoi Paul se réjouit que commande le subjonctif (parce que, qua jugement de valeur, la vérité du fait n’est pas traitée), tandis que, en revanche, Paul se réjouit de ce que permet alors l’indicatif. Où est la prise en charge d’une instance d’énonciation ? Je n’y perçois également qu’un jugement de valeur.

   En quant à x espérer z, x penser z etc., Soutet (cf. 75) convient qu’il est bien vrai qu’espérer n’est pas désirer ou souhaiter, car pour celui qui espère il doit y avoir au moins une certaine probabilité que son espoir se réalise, sinon, il souhaiterait ou désirerait seulement.
   Je ne vois pas trop de raisons pour Soutet pour accepter cette explication. Si une probabilité au moins minime dans espérer suffit pour que le verbe commande impérieusement l’indicatif, comment est-il possible qu’il est probable que, qui contient le plein de probabilité par son contenu lexical même, permette aussi le subjonctif ?
   Soit qu’il en soit, Soutet ajoute encore une autre explication, basée sur la structure actancielle, car dans L’espoir qu’elle vienne à son secours ou Cette pensée qu’ils puissent croire z le subjonctif est possible par l’absence de l’actant x et l’absence consécutive de prise en charge par le sujet de l’énoncé.
   Ceci, j’aimerais mentionner, n’est pas vrai dans une lecture profonde de la phrase, car dans la phrase d’exemple « Toute force […] suscite chez le fidèle […] l’espoir qu’elle vienne à son secours » (75) il y a bien quelqu’un qui prend l’espoir en charge, le fidèle, quoique ceci ne se reflète pas dans une structure actancielle de forme x verbe[espérer] z de superficie syntactique. J’emploie ce contre-argument en référant à l’explication plus haut des concessives où Soutet remonte également à une structure profonde de la phrase pour justifier la commande du subjonctif. Pourquoi ne ferait-on pas de même ici si on voulait argumenter pour une commande de l’indicatif ?

   En ce qui concerne la modalité interrogative, on peut demander aussi bien « Pierre affirme-t-il que Paul est parti ? » que « Pierre affirme-t-il que Paul soit parti ? » (78), mais dans la même interrogation avec Est-ce que le subjonctif est peu usuel, et carrément exclu en mettant la phrase en forme d’interrogation de courbe mélodique, seule l’élévation de la voix signalant qu’il y a interrogation. Soutet donne l’explication suivante : la modalité interrogative n’est mise en avant qu’au dernier moment dans une phrase interrogatoire à courbe mélodique, quand la phrase est déjà achevée, mais dans une interrogation d’inversion, l’intention énonciative de modalité interrogative apparaît dès le début. Cependant, est-ce que ce n’est pas le même cas avec est-ce que ? Non, car est-ce que « porte elle aussi [comme la courbe mélodique], à notre avis, sur une phrase achevée » (79), remarque Soutet.
   C’est bien vrai, mais il n’y a aucun décalage dans le déclenchement de la modalité interrogative. Dès le début de la phrase est-ce que porte sur une phrase achevée, qui seulement se fait connaître en s’enchaînant à est-ce que. Il n’y a aucun décalage, tout comme avec une question d’inversion, même plus encore absence de décalage, car avant que le verbe et le sujet ne soient pas inversés par l’énonciateur dans une phrase telle que « Pierre affirme-t-il que », il y a encore du doute sur la modalité de la phrase – pensons à une phrase avec une incision comme « Pierre, notre vieil ami chéri, affirme-t-il que… ». Tout le contraire succède dans une interrogation avec est-ce que, où tout au début de la phrase la modalité interrogative est forcément signalée. En autres mots : le raisonnement que Soutet met en avant pour les phrases d’inversion de l’interrogation, expliquant la présence du subjonctif, devrait aussi s’appliquer aux interrogations avec est-ce que.
   Du coup il ne surprend pas que dans une « [i]nterrogation directe totale » (119) l’indicatif que le subjonctif soient valables à titre égal après est-ce que : Est-ce que Pierre connaît des faits qui peuvent/puissent être décisifs… ? Soutet dit que la situation ici est différente, puisqu’on n’a pas affaire, comme en haut, à « des conjonctives complétives dépendant d’un verbe comme croire [admettre etc.] sous modalité interrogative » (ibid.), où justement le subjonctif s’aligne mal sur est-ce que. Alors, je peine à y déceler un argument sémantique, un argument sur le sens du subjonctif.

   D’ailleurs je trouve particulièrement réussi le raisonnement de Soutet sur des phrases impliquant la sélection dans un ensemble (cf. 111s). Ici « le subjonctif ne peut être déclenché que si l’un des constituants déterminatifs laisse entendre que le référent désigné par le SN [syntagme nominal] fait l’objet d’une sélection, ce qui suppose le parcours d’une classe » (111) (j’ajoute : une classe virtuelle, représentée dans l’esprit de l’instance d’énonciation). L’indicatif et le subjonctif sont interchangeables dans de tels contextes, le premier signifie que l’énonciateur ne souligne pas qu’une sélection a été fait, le deuxième signifie par contre que l’énonciateur met en relief la sélection effectuée.
   Exemple : Pierre achète un livre qui est/soit à tirage limité. Ici soit implique que Pierre fait l’achat du livre parce qu’il est à tirage limité, qu’il le choisit pour cette raison même parmi les autres livres à sa sélection potentielle-virtuelle d’achat.
   Pourtant, je ne suis pas convaincu que le même raisonnement se laisse appliquer à des phrases telles que : Pierre achète les plus beaux livres qui sont/soient à tirage limité, les derniers qui sont/soient… Ici aussi le choix de mode dépendrait de si on parcourait une échelle qualitative ou de classement avant d’arriver à une sélection (cf. 113). Toutefois, il me semble bien qu’on n’a plus besoin du subjonctif pour insister sur la sélection : les plus beaux livres qui sont à tirage limité donne déjà à entendre que les livres sont choisis pour ces deux raisons, d’être les plus beaux et d’être à tirage limité, sinon, un comma ou, à l’oral, une pause aurait été mise : Pierre achète les plus beaux livres, qui sont à tirage limité ; cette dernière phrase donnant à entendre que Pierre fait son choix en raison de ce que les livres sont les plus beaux, et il se trouve qu’ils sont aussi à tirage limité, quoique ceci ne soit pas le critère de sélection décisif pour lui ou même ne compte pas du tout. Donc, le subjonctif, il me paraît, n’a pas de valeur sémantique ici.

   Voilà donc les doutes et interrogations qui me sont restées de la lecture. Il se peut que des esprits plus illustrés n’éprouvent point mes difficultés ici énumérées de compréhension de l’argumentation. Soit.
   De tout ça demeurera le fait que le livre est une étude magnifique.

Évaluation : 5 de 5 étoiles

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